Ils en parlent

Reportage du Monde, écrit par Cécile Allegra et Delphine Deloget : « Voyage en Barbarie, sur la piste des réfugiés du Sinaï »

Des milliers de réfugiés érythréens fuyant la dictature sont kidnappés, emprisonnés, torturés par des bédouins qui demandent une rançon aux familles des captifs. Un système de crime organisé bien rodé, qui fonctionne en toute impunité.

« Ils ont ouvert la porte de la prison. J’ai vu dix personnes enchaînées, debout, face contre le mur. Par terre, il y avait un garçon qui n’arrivait plus à se relever. Son dos n’était que chair et os à vif. Et cette odeur de sang, d’excréments…  Une odeur de mort. »

Carte article du Monde

Carte article du Monde

Lire le Reportage sur Le Monde 

RFI  : Le Sinaï, terre de torture des migrants de la Corne de l’Afrique

Des victimes erythréennes de la torture pratiquée dans le Sinaï 

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RFI : Les séances de tortures se déroulent d’une façon très précise, à savoir qu’elles se déroulent avec un téléphone portable allumé. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
Cécile Allegra : Effectivement, la méthode est particulière. On appelle un proche sur un téléphone, sur un portable, et au moment où le proche décroche, la torture commence en direct au téléphone. Il faut bien comprendre que les chefs bédouins ne prennent que rarement part à ces séances de torture qui sont en général pratiquées par des petites mains, qui sont payées au migrant et qui donc torturent d’autant plus violemment qu’ils ont besoin d’un turn-over pour gagner leur vie.
Ils ont besoin que la famille paye plus rapidement pour ensuite libérer le prisonnier et en prendre un autre…
Absolument. Ensuite, plus on avance dans les mois de détention, plus les tortionnaires deviennent nerveux, ont envie de récupérer leur argent et s’ils ne voient pas leur argent venir, la torture s’intensifie. Il faut bien comprendre que ce ne sont pas des gens qui sont torturés une fois par jour, ils sont torturés toutes les heures quand ils sont en détention, toutes les heures. Nuit et jour. Ce sont des gens qui deviennent une sorte de bouillie de chair humaine, ils sont complètement à vif à force d’être torturés. Et quand ils n’arrivent pas à payer rapidement, les tortionnaires basculent dans une forme de folie. C’est là qu’ont lieu les pires atrocités, dont très souvent les détenus ne se remettent pas, c’est-à-dire qu’ils meurent des suites de leurs blessures bien sûr.

Comment expliquer une telle cruauté ?
C’est la question centrale de notre enquête. Pourquoi est-ce qu’ils les torturent à ce point ? Il y a deux éléments de réponse à cette question. La première, elle tient à la spécificité des personnes qui dirigent ces camps de torture. Ce sont des Bédouins du Sinaï qui appartiennent à la tribu des Sawarka. Ce sont des personnes qui ont été très longtemps persécutées après la rétrocession du Sinaï à l’Egypte parce que ce sont des personnes qui sont bloquées dans un no man’s land, qui font du trafic qui dérange l’Egypte, qui dérange Israël.

Les descentes armées, les séquestrations d’hommes, les viols de femmes, ce sont des choses qu’ils connaissent. Quand on a rencontré avec Delphine les tortionnaires, puisqu’on en a rencontré, ils nous ont dit : « Mais écoutez, on leur met une balle dans le pied, mais on les soigne, on n’est pas des tortionnaires ». Ce qui vous donne une idée en fait du degré de violence qu’eux-mêmes sont capables d’endurer.
Deuxième élément, il faut que les détenus payent très rapidement parce que sinon on ne peut pas en faire venir d’autres. Il faut retrouver la mise. Un tortionnaire nous disait : « Moi tout ce que je veux, c’est retrouver mon argent. J’ai payé pour les faire venir, je veux faire ma plus-value et qu’ensuite ils s’en aillent. Moi je ne leur veux rien de mal, je veux juste retrouver mon argent ».

Cécile Allegra avec Delphine Deloget, vous avez rencontré des trafiquants, notamment un trafiquant repenti. Dans le documentaire, pourquoi dit-il que « les Erythréens valent de l’or » ?
Les Erythréens valent de l’or pour les Bédouins du Sinaï parce qu’ils savent parfaitement que c’est la principale population en fuite dans la Corne de l’Afrique. Vous avez des Soudanais qui sont en mouvement, des Ethiopiens également, des Somaliens, mais les Erythréens quittent massivement le pays. Il y en a 3 000 à 4 000 par mois qui quittent l’Erythrée parce qu’ils fuient la dictature. Issayas Afeworki est un dictateur complètement paranoïaque, alcoolique, qui enferme les gens dans un service militaire à vie. Les Erythréens savent ce qui les attend quand ils partent au service militaire, donc ils fuient. Et les Bédouins savent que les Erythréens fuient massivement et ils savent aussi qu’il y a une forte diaspora à l’étranger. Donc ils savent qu’ils peuvent récupérer de l’argent. Et ça les a même surpris d’ailleurs. Les tortionnaires nous le disaient : « On ne s’imaginait pas qu’on pouvait en tirer autant ».

Comment font les familles pour récolter de l’argent ?
C’est une catastrophe parce que les Erythréens de l’étranger sont très solidaires entre eux. Ils essaient de ramasser l’argent puisque les rançons sont exorbitantes. On parle de 30 000, 40 000, parfois 50 000 dollars en Erythrée par prisonnier et personne n’a cette somme sauf des proches du régime, on va dire. Ce qui fait en fait que toute la communauté érythréenne est mobilisée pour récolter cette somme.
Simplement ça fait tellement longtemps que cette situation dure, les sommes récoltées deviennent de plus en plus importantes. Les rançons deviennent de plus en plus salées, ce qui fait que ça déstructure toute une communauté qui vit à l’étranger. Les gens se ruinent sur plusieurs générations, ce qui est un fardeau terrible à porter pour les rescapés du Sinaï qui vivent avec la culpabilité d’avoir détruit financièrement leur famille, mais aussi les proches de leur famille, et les proches des proches de leur famille.

Où va l’argent qui est ainsi extorqué à ces Erythréens ?
C’est une très bonne question et c’est une grande question. Pour l’instant, on n’a que des hypothèses de travail. D’abord, il est utilisé à des fins d’enrichissement personnel par les tortionnaires. Et ensuite, pour le reste ce sont des hypothèses. Certains experts de la région mettent en évidence un lien direct avec les cellules jihadistes qui opèrent dans le Sinaï. Enfin la dernière hypothèse la plus importante qui a été soulevée depuis un an par l’ONU, c’est que l’état-major du dictateur Issayas Afeworki a des parts directes dans le trafic d’Erythréens.
Ce qui serait quelque chose d’historique, puisque si cette hypothèse était vérifiée et c’est ce à quoi s’emploient les enquêteurs de l’ONU, les enquêteurs de l’Union européenne dans les années à venir, ça serait le premier cas de tortures hors les murs organisé par un dictateur lui-même. Donc une superbe trouvaille puisque ça lui permettrait de torturer les fuyards, mais pas sur son propre sol, donc en évitant les observateurs internationaux, et ça lui permettrait par la même occasion de faire revenir de l’argent à l’intérieur des frontières de l’Erythrée. Et c’est cette hypothèse-là qui en ce moment fait l’objet de toutes les attentions de la communauté internationale.

Donc ils sous-traiteraient la torture à l’étranger et c’est le chef d’état-major d’Issayas Afeworki qui serait à l’origine de ce trafic, c’est-à-dire qu’il les laisserait volontairement fuir leur pays ?
Il y a pire que ça, c’est-à-dire que dans la dernière année il y a eu des cas avérés où la police et l’armée sont allées chercher des Erythréens et les ont eux-mêmes déportés et remis entre les mains des trafiquants d’êtres humains. C’est une mécanique qui commence à aller très loin.
Comment expliquer le développement de ce trafic dans le Sinaï notamment, en particulier le fait que le Sinaï, ce désert entre l’Egypte et Israël, est une zone totalement abandonnée. D’ailleurs le trafiquant le dit…
Les deux tortionnaires nous ont dit : « vous comprenez, ici c’est un no man’s land. On a fait de nous une zone tampon, puis on nous a dit, on vous donne une maison, on vous donne un bout de désert et vous vous débrouillez. Vous vivez là. Comment voulez-vous qu’on survive ? On fait ce qu’on peut, donc on fait du trafic, donc du trafic d’êtres humains comme on pourrait faire du trafic de lait concentré, ou du trafic d’armes, de drogue. On fait ce type de trafic parce qu’on n’a pas le choix ».

Et que fait le gouvernement égyptien dans cette affaire ?
Absolument rien. Le gouvernement égyptien a une position très fautive dans cette histoire puisque les trafiquants franchissent la frontière égyptienne comme ils veulent et en versant moult bakchichs. En plus de cela, dans le Sinaï, l’Etat égyptien n’a jamais mené aucune opération de recherche de déportés. Et pour finir, une fois que les rescapés du Sinaï sont relâchés et qu’ils arrivent pour certains par miracle jusqu’au Caire, au Caire ils ont une vie extrêmement dure. Personne ne vient à leur secours. Il y a un fort racisme envers les Erythréens.
On pense évidemment à une accusation de crimes contre l’humanité derrière tout ce que vous racontez. Est-ce que la Cour pénale internationale pourrait se saisir de ce problème ?
Bien sûr, ils pourraient se saisir de ce problème et en Europe, il y a des militants qui y travaillent. C’est principalement des militants érythréens. Il y a Fessaha Alganesh qui est une militante italienne, qui se rend sur place en Egypte, au Soudan, en Ethiopie, pour recueillir des preuves qui reconstituent un petit peu tous les maillons de ce terrible trafic. Il y a Meron Estefanos qui depuis la Suède collecte les témoignages, travaille pour l’Union européenne, essaie de constituer un corpus de preuves pour condamner les trafiquants.
Mais c’est vrai qu’ils ne sont pas nombreux. Ils ne sont pas nombreux parce qu’on est sur une problématique qui est transnationale. Vous avez plusieurs pays impliqués dans le trafic avec des populations très différentes avec peut-être un pays d’origine lui-même impliqué, c’est une enquête extrêmement longue. Et pour arriver jusque La Haye, il manque encore quelques étapes, mais on en est proche.

Ce trafic commence à se développer dans d’autres pays de la région, dans quelles proportions ?
Dans des proportions absolument tragiques. Vous avez des dizaines, des dizaines de maisons de torture en Libye déjà, il y en a plusieurs dizaines également au Soudan, le Yémen commence à s’y mettre. Partout où vous avez des migrants de la Corne de l’Afrique qui affluent, les gens ont compris : vous les parquez, vous les séquestrez, vous les torturez terriblement, et ils finissent par cracher un peu d’argent. Donc forcément, ça fait des petits.
Et il ne faut pas qu’on oublie que si ce système de camps de torture se propage à tout le Maghreb, on va voir le Maghreb transformé en antichambre de la torture avant le passage des migrants par la Méditerranée. Donc nous, Européens, on a une responsabilité dans la manière dont on traite ces gens une fois qu’ils arrivent sur notre territoire parce que, ce qu’ils vivent ce n’est plus simplement une migration économique, mais c’est un drame épouvantable.

Le documentaire « Voyage en barbarie » de Cécile Allegra et Delphine Deloget a été diffusé sur la chaîne française Public Sénat et leur enquête est publiée en plusieurs volets dans le journal Le Monde

LIRE L’ARTICLE SUR LE SITE DE RFI 

Le Monde / télévisions : Enquête sur le calvaire des migrants d’Erythrée

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Un documentaire témoigne du sort des jeunes Erythréens, à la merci des trafiquants et des bourreaux du Sinaï

Primé meilleur documentaire lors du New York City International Film Festival 2015 (après un premier prix reçu au Festival international du grand reportage d’actualité [Figra] en mars),Voyage en barbarie figure parmi les finalistes pour le prix Albert Londres 2015 (qui sera décerné le 30 mai).

Tourné en 2014,ce documentaire relève de la métonymie. En effet,le trafic humain dont il apporte la preuve,et le camp de torture égyptien dont il fait état semblent essaimer, dorénavant, au Maghreb et dans la Corne de l’Afrique.

La torture, téléphone allumé

Derrière les survivants érythréens qui témoignent dans cedocumentaire se profilent des cohortes de migrants africains, comme eux vendus et revendus maintes fois avant même d’atteindre la Méditerranée, ainsi que l’indiquent Voyage en barbarie, dans le désert du Sinaï, grande enquête complémentaire de ce documentaire à lire sur Lemonde.fr et l’étude très fouillée The Human Trafficking Cycle, Sinai and Beyond, menée par Mirjam van Reisen, Meron Estefanos et Conny Rijken (Wolfpublishers, 2013).

Carte sur Table – partie 2 : les routes… por lemondefr

A son échelle,au prix d’un tournage clandestin dans le Sinaï, en Egypte,au printemps 2014,Voyage en barbarie prouve qu’avant même de risquer leurs os en Méditerranée, les jeunes gens qui fuient l’Erythrée, sa dictature et son service militaire à durée indéterminée sont souvent enlevés dès la frontière du Soudan. Les trafiquants les monnaient alors, et les re-monnaient, de proche en proche,jusque dans le désert du Sinaï, zone démilitarisée et de non-droit entre Israël et Egypte. Là, ils sont de nouveau achetés,puis torturés, téléphone allumé pour que leurs familles suivent leurs hurlements en direct et, même miséreuses, acceptent de s’endetter et de faire face à la rançon demandée…

Comme l’indiquent Delphine Deloget et Cécile Allegra, les réalisatrices de ce documentaire, les spécialistes estiment que pas moins d’un tiers des jeunes qui fuient l’Erythrée sont kidnappés, qu’ils sont quelque 50 000 à avoir été véhiculés vers le Sinaï au cours des cinq dernières années, près de 10 000 ayant fini dans des fosses communes emplies de cadavres…

Outre le témoignage de quatre jeunes ayant réchappé aux tortures, les réalisatrices produisent celui, hallucinant, d’un Bédouin du Sinaï, qui ne pratique plus le « commerce d’Africains », comme il nomme cette pratique de torture et de rançon, mais qui, face voilée, le justifie avec la plus grande placidité.

«Un commerce avant tout »

Si,avec quelques gars sous ses ordres, il a commencé ce « travail » en 2007, c’est que la région n’offre aucune activité, aucune perspective économique. Pour acheter vingt personnes à 5 000 dollars la tête, il faut tout de même 100 000 dollars « à sortir d’un coup », explique-t-il, avant de détailler : « Pour 20 000 dollars investis, je veux récupérer 40 000 dollars. (…) Le truc, c’est de leur mettre la pression : tu mets la pression sur deux ou trois pour faire peur aux autres. Ils craquent, et ils paient. » Et de conclure : « C’est un commerce avant tout… »

Après avoir vu des dizaines de milliers d’Erythréens arriver sur son sol, Israël a construit un mur le long de sa frontière sud, fin 2012. Les filières de migrants se dirigeraient désormais vers la Libye, le Yémen et l’ensemble de la Corne de l’Afrique, où sont apparus, à leur tour, des bunkers de torture.

LIRE L’ARTICLE SUR LE MONDE 

Le Parisien : L’enfer des kidnappés du Sinaï

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« JE SUIS EN VIE par erreur »… A 24 ans, Robel est revenu de l’enfer du nord du Sinaï. Un miracle pour ce jeune Erythréen kidnappé par des hommes armés alors qu’ il fuyait la dictature, puis enfermé dans un camp au milieu du désert, où il a été torturé, en attendant que sa famille verse une rançon.

Comme lui, près de 50 000 personnes ont été enlevées et torturées dans le Sinaï depuis 2009. Un drame humanitaire relaté par plusieurs rescapés dans « Voyage en barbarie », un bouleversant documentaire rediffusé ce soir sur France ô. Le 30 mai, les coréalisatrices, Delphine Deloget et Cécile Allegra, ont reçu le prix Albert-Londres 2015 pour ce film entre pudeur et horreur.

Retrouvés en Suède et au Caire où certains se cachent de peur d’être à nouveau kidnappés, leurs témoins y racontent comment ils ont été battus, brûlés, mutilés des semaines durant par des Bédouins pour obliger leurs proches à payer jusqu’à 40 000 $ (35 600Euro) pour leur libération.

Le film a déjà ouvert le débat

« C’ est une parole difficile à formuler et dure à entendre, d ‘ autant que les Erythréens vivent sous la menace de leur gouvernement qui les considère comme des fuyards et risquent des représailles sur leurs familles, commente Delphine Deloget. Il a fallu de la patience pour convaincre ces hommes de se confier. Ceux qui ont accepté sont dans une démarche positive : la parole est une manière de sortir des souffrances endurées. Mais eux-mêmes sont dans un état de sidération par rapport à ce qui leur est arrivé. Nous , nous voulions leur rendre un visage , une humanité.»

C’est une Erythréenne, Méron, journaliste à la radio et militante installée en Suède, qui a introduit la documentariste et la reportrice auprès des rescapés filmés dès février 2014. «Souvent , la famille d’une personne retenue dans le Sinaï l’appelle pour passer un message à la radio et mobiliser des fonds afin de payer la rançon», avance Delphine Deloget. Le documentaire donne aussi la parole à l’un des trafiquants. «Certains se spécialisent dans ce trafic d’êtres humains comme d’autres font du trafic d’armes. L’armée égyptienne laisse faire, et les tortionnaires agissent en toute impunité sur ce territoire démilitarisé et laissé pour compte, précise la coréalisatrice. Plusieurs fois primé, le film a déjà ouvert le débat, en attendant de voir un jour ces crimes portés devant la Cour pénale internationale.

LIRE L’ARTICLE SUR LE PARISIEN 

L’Humanité : Plongée au cœur du sadisme

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Voyage en barbarie vient de recevoir le prix Albert-Londres dans la catégorie «Audiovisuel ».Ce documentaire met en images les témoignages de victimes des camps de torture dans le désert du Sinaï.

«Albert Londres avait dénoncé le fléau de l’esclavage en son temps mais le scandale du trafic d’êtres humains existe encore au XXI e siècle.» L’observation du jury du prix Albert-Londres, en le décernant dans la catégorie «Audiovisuel» aux réalisatrices de Voyage en barbarie, ne pouvait être plus juste. Cécile Allegra et Delphine Deloget signent une enquête forte sur les camps de torture sortis de terre dans le désert du Sinaï. Les victimes : ce sont pour la plupart des Érythréens fuyant la dictature, capturés pour faire l’objet d’une demande de rançon.

En octobre 2014, les deux journalistes avaient déjà rendu compte, par écrit sur lemonde.fr, de ce voyage dans l’horreur qui aurait été vécu, depuis 2009, par 50 000 personnes. Certains, contrairement aux 12 000 qui ne seraient jamais revenus, en ont réchappé. Robel, vingt-quatre ans, en fait partie. Il s’est réfugié en Suède avec deux autres compatriotes érythréens. Cefilm choc, coproduit par Public Sénat (qui l’a déjà diffusé en octobre) et Memento avec la participation de FranceÔ, rend compte de leur quotidien, seulement orchestré par la voix de Robel, aux paroles déchirantes. Les images peuvent choquer, comme celle de ces mains atrophiées, résultat du plastique fondu.

Chacun déverse ce qu’il a vécu: ces épisodes d’électrocution, de séances de coups de fouet et de lacérations qui rythment leur journée, selon la fatigue des tortionnaires qui se relaient.

« Un enfer, tu pries pour mourir vite»,

dit l’un des garçons. La barbarie se mesure un peu plus encore à travers l’explication d’un des tortionnaires sur ce qu’il appelle son « commerce ». Car le crime est bien organisé, en témoignent les modes opératoires qui se répètent. Et cette question: les familles doivent-elles payer au risque d’alimenter ce système écœurant ? Même effet pervers quand les seuls arabophones peuvent échapper à la torture, en devenant interprètes pour les rançons.

Les dernières minutes restent les plus terribles : les journalistes trimballent leur caméra dans un camp de rescapés, tout juste sortis du système. Les corps sont rachitiques, les blessures à vif sont recouvertes de mouches.

LIRE L’ARTICLE SUR L’HUMANITÉ 

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